Le nucléaire battu par les hauts du sel et du vent
5 févr. 2026 - Association Robindesbois.org
Flamanville et ses trois réacteurs ont été mis KO pendant les premiers rounds de Gore autour de minuit.
Il y a un mois, la tempête Gore(tti) a pris de court les vigies d’EDF et le “gendarme du nucléaire”. Le monstre éolien a donné encore plus de légitimité à la question posée par Robin des Bois dans L’Atlas de la France toxique (2015, éditions Arthaud) “Centrales nucléaires : résisteront-elles aux agressions externes ?” Flamanville et ses trois réacteurs ont été mis KO pendant les premiers rounds de Gore autour de minuit. KO n’est pas chaos mais ça s’en approche.
A 23h20, dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 janvier 2026 à Diélette, le port pour les colis lourds des trois réacteurs de Flamanville, la surcote au moment de la pleine mer était de 1,5 mètre. Une vague selon une source interne citée par Les Echos a submergé la digue supposée en toutes circonstances même en cas de tsunami protéger les châteaux forts nucléaires face à l’océan Atlantique Nord. Se souvenir du séisme au large de Lisbonne et du tsunami du 1er novembre 1755.
Bénis soient la lune et le soleil. Gore a frappé quand l’océan était en petites marées de vives-eaux (coefficient 72). En grandes marées (coefficient 100 et plus), la surcote aurait atteint 2 mètres ou plus. La surcote marine est un dépassement atypique du niveau moyen de la mer à marée haute.
Simultanément ou presque, entre 23h50 et 00h45, les trois réacteurs sont tombés en rade à cause de défaillances des réseaux électriques internes et externes. Le vent et les particules de sel marin convoyées par les embruns sont les responsables du black-out général. De telles coupures avaient eu lieu pendant les tempêtes Ciarán et Isha en novembre 2023 et en janvier 2024. Sous les vents hurlants, les équipements périphériques des réacteurs nucléaires et notamment les réseaux électriques sont bombardés par les microparticules de sel et cisaillés par les rafales (plus de 200 km/h pour Gore).
La salinité de l’océan Atlantique est la plus forte de l’océan mondial. Au large de Flamanville et des îles Anglo-Normandes, la colonne d’eau saline n’est pas sous l’influence directe des flux d’eau douce de la Gironde, de la Loire et de la Seine. L’augmentation moyenne de la température atmosphérique due au réchauffement climatique entraînerait selon les experts une hausse de l’évaporation de l’eau océanique et une salinisation de la masse d’eau.
Les effets du sel sur les lignes électriques sont bien connus et pris en compte par la compagnie Nova Scotia Power en Nouvelle-Ecosse (Canada), au bord de l’Atlantique Ouest*. Mais ils ont été sous-estimés par EDF au bord de l’Atlantique Est. Aujourd’hui encore, l’EPR est à l’arrêt à cause des effets dominos de la tempête Gore.
Un autre angle mort des effets du bombardement des embruns salés concerne la résistance à la corrosion atmosphérique de la paroi externe en béton armé (matériau composé de béton et de barres d’acier) de l’enceinte et du dôme de confinement des deux réacteurs de 1300 MWe et de l’EPR. Ces boucliers sont destinés à empêcher une excursion dans l’environnement pendant ou après un accident majeur survenu dans le cœur et les artères des réacteurs.
Enfin, la route principale d’accès aux trois réacteurs pour les camions transportant des matières dangereuses comme l’acide borique, l’acide sulfurique, l’acide chlorhydrique, la morpholine, la soude et pour les convois exceptionnels transportant des colis lourds comme les générateurs de vapeur (500 tonnes) et les combustibles nucléaires neufs ou usés était au départ la route de la mine de fer de Flamanville. La friche minière sera à terme remplacée par une friche nucléaire. Les exploitants de la mine de fer qui a définitivement fermé en 1962 étaient très attachés à la solidité de la voie d’accès principale à leur exploitation : “Du côté du flot, cette voie est protégée par un mur trapu, régulier, cimenté, capable de résister aux plus furieux assauts de l’Océan.” “Des murs en maçonnerie, convenablement disposés, mettent la voie à l’abri des attaques de la mer.” (Inventaire des Réseaux Spéciaux et Particuliers n°50184.1, “Flamanville – Mine de fer de Diélette”)
Les exploitants nucléaires n’ont pas les mêmes priorités. Pour eux, seule compte la stabilité des trois îlots nucléaires. Mardi 9 avril 2024, la tempête Pierrick a attaqué les soubassements de la route d’accès aux trois réacteurs et une cavité a troué la chaussée (4 mètres sur 4 et 8 mètres de profondeur). Cet effondrement de la route nucléaire a laissé indifférente l’Autorité de Sûreté Nucléaire**. L’ASN ne s’intéresse pas aux problèmes de circulation. Elle a laissé aux services techniques du département de la Manche le soin de combler le trou et de consolider localement et provisoirement le pied de la digue.
Approchée par Robin des Bois sur ce sujet, l’ASN quand elle était dirigée par Bernard Doroszczuk nous a adressé la réponse suivante :
“Après analyse, voici quelques éléments de précision sur ce sujet :
– Le trou en question, suite à la tempête Pierrick, n’était semble-t-il pas sur la route mais sur la zone piétonne ou faisant office de parking entre la mer et la route qui est située plus près de la falaise et de ce fait plus protégée.
– Il existe d’autres accès au CNPE [Centre Nucléaire de Production d’Electricité] qui ne pourraient pas être utilisés pour les convois exceptionnels mais qui sont utilisés tous les jours pour accéder à la centrale, donc il n’y aurait pas de rupture d’accès en cas d’incident majeur sur la route.
– Les services du département sont pleinement compétents pour la gestion des routes, et la route est bien considérée par le département comme pouvant être utilisée par des convois exceptionnels, ce qui lui impose de faire des réparations qui en tiennent compte.
– Concernant le risque que prendrait un convoi en s’engageant sur une route endommagée, il faut noter que les convois de combustibles et de déchets sont soumis à la réglementation ADR [Accord pour le transport des marchandises Dangereuses par la Route], ce qui impose d’utiliser des colis de transport avec résistance à la chute, à l’immersion, au feu…
Néanmoins, à ce stade, l’ASN se tient informée et reste vigilante sur la manière de gérer la remise en état et la consolidation de la sécurité de cette route au vu des phénomènes naturels qui peuvent l’endommager.”
Il est évident que les furieux assauts de la tempête Gore ont encore fragilisé les soubassements de la route de la mine de fer devenue la route du nucléaire et que des effondrements ponctuels sont de plus en plus probables sinon imminents. La sécurité des centrales nucléaires comme des établissements industriels soumis à la directive Seveso dépasse les périmètres clôturés et se joue aussi sur les routes d’accès.
Un diagnostic géotechnique de la route du nucléaire (environ 800 mètres) doit être lancé au plus vite. Sa mise en sécurité ou sa fermeture provisoire s’imposent, sinon elle déclenchera tôt ou tard, minée par les tempêtes, des accidents aux conséquences humaines, environnementales et économiques considérables.
Les risques NAturels pouvant déclencher des risques TECHnologiques (risques NATECH) sont insuffisamment pris en compte par les services de l’Etat, les collectivités et les exploitants.
Source : https://robindesbois.org/le-nucleaire-battu-par-les-hauts-du-sel-et-du-vent/



