Accident du 13 mars 1980 sur le réacteur SLA2 de SAINT LAURENT DES EAUX

02/03/2020 19:16

Une tôle métallique se décroche et bouche les dispositifs de mesure de pression entraînant la Fusion de 20 kg d'uranium

Accident classé au niveau 4 de l'échelle INES

Le 13 mars 1980, une hausse brutale de la radioactivité dans le caisson du réacteur graphite-gaz a conduit à l’arrêt automatique de ce réacteur.

Le 14 mars, EDF a conclu qu’une quantité significative d’uranium irradié avait fondu.

Du 22 au 26 mars, après vérification du bon fonctionnement des pièges à iodes, un dégonflage du caisson du réacteur vers l’atmosphère a été réalisé afin de revenir à la pression atmosphérique. Les rejets atmosphériques associés ont été estimés par EDF à 29,6 TBq en gaz rares et 0,37 GBq en iodes et aérosols sur la base des mesures réalisées.

Les examens entrepris le 27 mars 1980 ont montré que l’accident avait eu pour origine un bouchage total ou partiel de 6 canaux des dispositifs de mesure de pression par une tôle métallique détachée du dispositif de carénage. Le décrochage de cette tôle était dû à la corrosion.

Deux éléments combustibles contenus dans un canal ont fondu, soit environ 20 kg d’uranium et deux autres présentaient des traces de fusion importantes. Le combustible fondu s’est écoulé dans la « poubelle » située en bas du canal.

Cet accident a entraîné des dégâts importants dans le réacteur, induisant une indisponibilité longue (plus de trois ans et demi) et des opérations de remise en état délicates. En effet, le niveau initial de contamination après l’accident dans le caisson du réacteur était tel que des travaux de décontamination préalables de la partie basse de ce caisson à l’aide de moyens télécommandés ont été réalisés entre juin et septembre 1980 afin de permettre l’intervention des travailleurs pour le nettoyage du canal et la récupération des débris.

D'après la liste confidentielle établie à l'époque par EDF, ce sont plus de 500 personnes qui sont intervenues pour nettoyer et remettre en état de marche le réacteur. Des salariés d'EDF et de nombreux sous-traitants. (7)

Pour faire écran aux radiations, des tonnes de plomb ont dû être transportées dans le bâtiment réacteur. Il faudra 29 mois pour nettoyer et réparer l'installation. Le bâtiment réacteur restera longtemps contaminé par les poussières d'uranium qui se sont dispersées à l'intérieur. (6)

Le nettoyage du canal à l’aide d’outils spéciaux a été achevé en novembre 1980 ; la récupération des poussières dans le caisson, à l’aide de dispositifs de filtration appropriés, a duré jusqu’en 1982. L’IRSN ne dispose pas d’éléments détaillés sur la production d’effluents et les rejets radioactifs associés aux opérations de remise en état du réacteur.

L’installation a redémarré en octobre 1983. Les opérations ont fait l’objet d’évaluations par l’Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN) et d’autorisations du ministère chargé de la sûreté nucléaire.

Et un autre accident en avril 1980

21 Avril 1980 : Éclatement d'un conteneur renfermant un élément combustible non étanche dans la piscine d'entreposage des combustibles usés du réacteur SLA2, conduisant à une contamination importante de l’eau de cette piscine.

Pour ce qui concerne les rejets de plutonium dans la Loire relatés dans le reportage diffusé le 4 mai par la chaîne Canal +, les éléments d’archive dont dispose l’IRSN montrent que des rejets radioactifs sous forme d’effluents liquides significatifs en Loire ont bien eu lieu en 1980. Mais ces éléments associent ce rejet au traitement des eaux de la piscine du réacteur SLA2 ; celles-ci avaient en effet été contaminées lors de l’éclatement d’un conteneur renfermant un élément combustible non étanche, survenu en avril 1980. Après un traitement par filtration pendant quelques mois, cette eau a été rejetée dans la Loire .

Les rejets correspondants ont été estimés à un GBq de radioéléments émetteurs alpha.

Cet incident est indépendant de l’accident du 13 mars 1980 décrit ci-dessus. Source IRSN (1) - 18 mai 2015

 

(1) IRSN - 18 mai 2015  : Note d’information sur les accidents ayant affecté les réacteurs nucléaires du site de Saint-Laurent-des-Eaux en 1969 et en 1980
https://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Documents/IRSN_NI_Accidents-Saint-Laurent-des-Eaux-1969-1980_20150518.pdf

(6) Rapport « Les incidents et accidents nucléaires dans la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux sur les réacteurs uranium naturel – graphite – gaz » de Philippe GUIGNARD et Serge CATOIRE, au Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie et au Ministère de l’économie, de l’industrie et du numérique – 2015 – (110 pages)
https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/164000355.pdf

(7) https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Accident_nucl%C3%A9aire_de_Saint-Laurent-des-Eaux_de_1980